Vous l’avez sûrement vu passer tant cette nouvelle a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, mais Sony a annoncé la semaine dernière l’arrêt de la production de jeux vidéo en physique à partir de janvier 2028. C’est un véritable coup de massue dans l’industrie, mais cette nouvelle va peut-être au-delà du jeu vidéo, menaçant l’entièreté du support physique.
La dématérialisation de la culture, une menace qui émerge dans tous les domaines
Cela fait déjà plusieurs années que le format physique subit une forte perte de vitesse au profit du contenu numérique, dans toutes les sphères culturelles. Dans la musique, avec les plateformes de streaming, dans le cinéma, avec le déclin des blu-ray et DVD face aux Netflix, Prime Video ou aux services de VOD, ou encore dans le jeu vidéo, avec les multiples stores digitaux, sur la plupart des consoles ou encore sur PC.
Même si cette transition peut sembler avantageuse, notamment en termes d’accessibilité et de praticité, elle menace nos manières de consommer la culture : on ne possède plus rien, achetant le plus souvent des licences d’accès aux contenus, plutôt que le produit en lui-même. Par ailleurs, cela limite l’ensemble des marchés, uniformisant une économie de la culture qui a toujours été très ouverte.

En effet, si l’on se concentre sur le jeu vidéo, notre centre d’intérêt ici, on peut observer que le format physique est plus ouvert (jusqu’à aujourd’hui) : achat de jeux en grandes surfaces avec des prix avantageux, prêt de jeux, revente d’occasion… Tous ces avantages s’ajoutent au fait de posséder l’objet, d’avoir le jeu directement sur le disque et de ne pas être exposé à une quelconque suppression de licence ou fermeture de serveur. Il s’avère donc que posséder ses jeux en physique présente plus d’ avantages que d’inconvénients, et participe surtout à la préservation de la culture.
Un message fort envoyé à l’industrie par Sony
Avec cette annonce, Playstation affiche sa volonté de faire disparaître ce format physique, bien évidemment dans le but de faire du profit. Ainsi, il sera possible à partir de 2028, d’acheter les nouveaux jeux sortant sur les consoles Playstation uniquement sur le Playstation Store, au prix que la compagnie décidera. De plus, on se souvient il y a quelques mois quand l’entreprise a fièrement annoncé travailler sur un nouveau système de tarification, les “prix dynamiques” qui adapteront le prix d’un jeu en fonction du profil du client : un joueur jouant exclusivement aux jeux de sport se verra par exemple proposer des jeux d’aventure moins cher, et vice-versa. En plus de poser des questions éthiques d’un marché qui se formerait “à la tête du client”, cela renforcerait l’hégémonie de Sony sur ces achats digitaux, qui auraient la mainmise sur tout le processus d’achat.
Pour finir, souvenez vous en 2013, pendant la campagne de marketing pour les consoles de 7ème génération, quand Playstation avait frappé un grand coup en se moquant de leurs concurrents, Xbox, qui orientaient la communication de leur nouvelle console, la Xbox One, sur le tout dématérialisé : le spot de PlayStation montrait le président japonais des studios, Shuhei Yoshida, prêter un jeu à Adam Boys, alors vice président de la firme. Cette vidéo de 20 secondes avait fait le tour d’internet et a participé au succès de la PS4, alors que les ventes de la Xbox One étaient décevantes à la sortie ; Il apparaît donc cocasse que 13 ans après, ce soit Playstation qui en vienne à la dématérialisation globale de leurs produits, alors que Xbox ont discrètement indiqué que leurs prochains jeux seront sur un disque, eux.
Les joueurs ne se laissent cependant pas faire

Ces dernières semaines, cette annonce a fait grand bruit, et a créée de très fortes vagues de protestation et de boycott envers la marque. Nombreux sont ceux qui ont annulé leur abonnement aux services en ligne de Playstation, ou annulé leurs précommandes de certains jeux sortant sur la machine au profit d’autres supports. Nous pouvons y voir une lueur d’espoir, mais d’autres dénoncent une tentative désespérée de ralentir le progrès.
Ce n’est peut-être pas tant un mouvement vain que ça. Par exemple, en 2013 justement, comme nous l’avons évoqué plus haut, la colère des joueurs face à Xbox, qui montraient que leur nouvelle console nécessiterait une connexion internet permanente pour jouer, avait induit un rétropédalage inédit dans l’industrie, Xbox étant revenue sur leur décision plus tard. Cela pourrait donc être le destin de Playstation, si tant est qu’assez de joueurs se mobilisent, et que les détracteurs comprennent que ce changement ne va que les desservir, et ne sert absolument pas leurs intérêts et les intérêts de la culture.
Une menace qui va bien au delà du jeu vidéo
Comme nous l’avons vu, la dématérialisation de la culture touche tous les autres domaines, mais concrètement, qu’est ce qui peut advenir de ces objets qu’on chérit tant ? Par exemple, et c’est peut-être le premier secteur qui sera touché après les jeux vidéos, il y a un véritable danger pour les films. On a plusieurs fois affirmé que c’était la fin du physique dans le monde du cinéma, mais le DVD, le blu-ray et maintenant le blu-ray 4k ont jusque là toujours survécu face aux services de streaming ou de SVOD. Aujourd’hui, la question se pose encore une fois : Sony est le principal producteur de blu-rays, il n’est pas impossible que l’entreprise prenne une décision similaire à celle de sa division vidéoludique et stoppe la production de blu-rays ; Encore une fois, cela serait un drame : les blu rays et le format physique de films sont encore aujourd’hui la meilleure façon de profiter de ses films, en plus d’avoir l’avantage de les posséder réellement.

Même si le format de physique persiste comme un objet de collection, notamment avec les éditions spéciales, ou les steelbooks, il est probable qu’on décide dans les prochaines années de proposer ces éditions sans disques, avec un code de téléchargement, à la manière de ce qui en train de devenir monnaie courante dans le jeu vidéo (exemple majeur avec GTA 6, qui sera à la sortie sans disque, avec un code dans les boîtiers). Le format physique deviendrait donc seulement l’écrin d’un produit que l’on ne posséderait même pas : Sony a justement supprimé de son catalogue de nombreux films de son service de SVOD, suite à une expiration des licences. Si vous avez acheté un de ses films, vous ne pourrez plus le regarder.

Nous avons parlé du cinéma, mais le physique pourrait aussi disparaître dans le monde de la musique, ce qui a déjà commencé avec la domination du marché par les plateformes de streaming. Cependant, le retour du vinyle sur le devant de la scène est une bonne nouvelle, étant donné qu’en plus d’être un bel objet de collection, il consiste en un moyen de préserver le format physique.
Mais alors, que faire pour se prémunir de la disparition du physique ?
Il faut donc se battre pour que le physique reste en vie, il faut montrer à ces corporations l’intérêt des consommateurs pour ce format, et privilégier l’achat en physique de ses médias. Ainsi, en participant à la préservation du format physique pour les jeux, les films, ou la musique et en condamnant les actions qui visent à le faire disparaître, on peut espérer, dans quelques années, toujours posséder ses œuvres culturelles, et ne pas livrer notre droit de propriété à d’avides entreprises qui font passer leur intérêts et ceux de leurs actionnaires en priorité.
Crédits :
- Top 11 des vinyles collector à avoir chez soi // Pexels : Par Le Parisien Le Guide Le 3 avril 2023 à 15h00, modifié le 2 mai 2025 à 17h35
- Article de 80lv : Don’t Kill the Disc Petition Pushes Back Against Sony’s All-Digital PlayStation Future par David Jagneaux, 02 July 2026
- Le jeu vidéo, secteur « essentiel » en période de confinement ?, jeuxOnLine, Par Uther, 22/3/2021 à 10:03
- Vidéo youtube du compte officiel de Playstation US : Official PlayStation Used Game Instructional Video

